L'économie autrement

90322f8a03c762abcfe05f00bbfd4593 plan de communication exemple“Tous ne renient pas les principes de l'économie et l'entreprise classiques” quand la valeur ajoutée qu'elles créent contribue équitablement à la vie du pays. Mais, face à des dérives criantes, d'aucuns rêvent de modèles favorisant mieux le partage des ressources, l'emploi, la relation équilibrée entre client et fournisseur... tout en respectant la nature.

L'idée n'est pas nouvelle et les entreprises se réclamant de l'économie sociale et solidaire, ou du monde coopératif, représentent déjà des millions d'emplois.

Plus récemment, en impliquant consommateurs et producteurs autour d'un projet commun - à l'image des AMAP déjà anciennes au Japon --tout un pan de l'économie collaborative apporte des réponses complémentaires à ces aspirations.

Le déploiement d'internet peut libérer et multiplier les initiatives dans ce domaine. Il favorise de nouvelles formes d'échanges économiques dont certaines se veulent des alternatives aur modèles de consommation " traditionnels , avec des aménités en termes de solidarité, de relations humaines, de préservation de l'environnement, d'insertion de personnes éloignées de l'emploi, etc.

Mais d'autres sont récupérées par des entités aux visées plus immédiatement commerciales, voire de profit rapide, parfois dopé par le partipris de limiter leur contribution (fiscale, sociale, etc.) au fonctionnement de la collectivité, et parfois même de minimiser leur responsabilité sociétale (droit du travail...).

Nos enfants, nos neveux, sont certes plus fami- liers que nous de ces « nouvelles économies ,. Mais nous, retraités, devons aussi essayer d'en comprendre les enjeux voire les dérapages potentiels. Afin de privilégier si nous le pouvons, celles porteuses de valeurs dans lesquelles nous nous retrouvons.

Gwenaël Demont

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Dans les temps préhistoriques, on pratiquait le troc. t-/ Puis la création de la monnaie changea tout. Elle facilitait les échanges, permettait d'accumu- ler la richesse, et facilita au cours des quatre ou cinq derniers siècles, l'apparition du capitalisme. Fondamentalement, I'homme a besoin, pour sur- vivre, de se nourrir, de se loge,r de se soigner. Dans l'économie préhistorique, il lui fallait chasser, pêcher, cueillir, trouver une grotte ou inventer une cité lacustre. Dans l'économie « monétaire” , il lui fallut trouver un travail payé. C'est-à-dire une entreprise et un patron.

Aux XVIII"' et XIX" siècles, naissent les grandes lois de l'économie classique. Sous couvert de libé- ralisme et de libre échange on verra se dévelop- per de grandes sociétés capitalistes, depuis les « compagnies des Indes » colonialistes, jusqu'aux firmes qui occupent tous les domaines de l'indus- trie: sidérurgie, métallurgie, transports, pneuma- tiques, alimentation de masse, chimie, etc.

Les excès de ce capitalisme entraîneront la réac- tion de Karl Marx qui prônait la dictature du pro- létariat et l'appropriation collective des biens de production et d'échanges.

À Ia fin du XX'siècle le capitalisme change de visage ; pour certains l'objectif n'est plus d'occuper un marché mais de réaliser le maximum de pro- fits. Dans ce schéma, une entreprise qui n'est pas en difficulté et réalise des profits peut chercher à gagner encore plus d'argent en se délocalisant ou en procédant à des licenciements massifs. C'est ce que vient de faire, en cette fin 2016,le construc- teur automobile Peugeot, par exempie.

Cette évolution se traduit par un chômage de masse dans les pays industrialisés occidentaux, du fait de la mondialisation. Car les pays « émer- gents » (Chine, Inde, Bangladesh) rivalisent de coûts de production très bas grâce à une main- d'æuvre sous payée et surexploitée.

La réaction à cette situation ne peut plus passer par des solutions « communistes »: elles sont déconsidérées depuis la chute du bloc soviétique. On voit donc se développer une « autre » écono- mie, mélange de système D, de lutte contre le chô- mage, de valorisation des nouvelles technologies, ainsi que la montée en puissance de solutions individuelles appuyées sur internet.

Les acteurs de cette nouvelle économie se multi- piient et s'entrecroisent. Ici il s'agit de " starl up » (Nouvelles pousses en français, autrement dit des entreprises naissantes, de petite taille, qui ima- ginent et exploitent un créneau technique ou com- mercial). Ailleurs on cherche de nouveaux modes de commercialisation (avec les circuits courts, « directement du producteur au consommateur »). Il y a encore la " co-consommation , (un même bien, véhicule ou habitat par exemple, partagé à plusieurs). Mais d'autres prospèrent en détournant les règles administratives et fiscales communes... avec parfois des dégâts collatéraux comme l'a mon- tré le conflit entre les taxis et la société Uber. Quelquefois l'État lui-même encourage ces évo- lutions. Ce fut le cas avec la création du statut d'autoentrepreneur. Créé pour lutter contre le chômage, ce statut est vu par beaucoup d'artisans comme favorisant une « concurrence déloyale ,.

 

Sociale et solidaire

 

Dans cette recherche d'une « autre écono- mie, les entreprises se réclamant de l'économie sociale et solidaire (1) explorent une autre voie. Leurs principes et modes d'action sont précisés dans la loi Economie sociale et solidaire adop- tée en juillet 2014. Posant le postulat d'un “but poursuivi autre que le seul partage des béné- fices”, elie veut encourager une croissance plus solide et donne aux salariés plus de pouvoir dans Ie cadre d'un développement local durable. " Il s'agit de redonner goût au travail , affirme Pierre-Yves Gomez dans un ouvrage récent (2). « Le travail est une condition de Ia liberté de l'homme: je ne peux pas être libre si je ne travaille pas, si ie n'ai pas de relations actives à mon envi- ronnement et aux autres. »

I Hervé Schaefer


 

On redécouvre les SCOP, aujourd'hui appelées " Sociétés coopératives et participatives ',. Pourtant elles existent depuis plus de 130 ans.

Visuel cp 2

 

C’est, en effet, en 1884, que naît en France la Chambre consultative des associations ouwières de production. Et c'est vite le succès. 250 coopératives en 1900, 500 en l9l0; le mouvement se développe particulièrement entre les deux guerres et notamment en 1936 puis connaît un très fort développement depuis t995: 650 en 1979, 1300 en 1985,2855 en 2015, dans laquelle travaillent plus de 51500 salariés dont 80 o/o sont des associés ".

 

Des ouvriers actionnaires

 

La principale caractéristique d'une SCOP, c'est que ses salariés - ouvriers, employés, cadres - en sont les actionnaires, avec évidemment le pouvoir de décision; ce sont eux qui se choisissent les diri- geants, le " patron” avec droit de révocation. L’actualité ne montre que les SCOP constituées à partir d'entreprises en difficulté (6 % au total en 2015), comme ce fut le cas des " Fralib , se bat- tant à Marseille contre le géant Unilever pour conserver le site de production de thé qui devait être délocalisé en Pologne. Mais, en fait, les deux tiers des SCOP sont des créations, et, pour 1,5 o/o, lors de transmissions d'entreprises. Et avec un certain succès I Les 100 coopératives les plus impofiantes représentent 2,8% de l'emploi français et 9,3% du Produit Intérieur Brut.

IH. S.

 

Panier bio

 

L'exemple des AMAP Une association pour le maintien de l'agriculture paysanne, c'est le fruit "peut-on-dire" d'un partenariat de proximité entre un producteur et un groupe de consommateurs.

L'AMAP, une entente régie par un vrai contrat, a pour objectifs, comme le précise le portail du ministère de l'Économie et des Finances, de « préserver l'existence et la continuité des fermes de proximité dans une logique d'agricul- ture durable, c'est-à-dire une agriculture paysanne, socialement équitable et écologiquement saine, de permettre à des consommateurs d'acheter à un prix juste des produits d'alimentation de qualité de leur choix, en étant informés de leur origine, et de la façon dont ils ont été produits, et de participer activement à la sauvegarde et au développement de l'activité agricole locale dans le respect d'un déve- loppement durable.

"Préserver des fermes de proximité

Contrat solidaire donc, basé sur l'engagement financier du consommateur. Celui-ci paie à l'avance, en général chaque semestre, sa consom- mation sur une période définie. LAMAP fonc- tionne sur le principe de la confiance et de la responsabilité du consommateur; il est une forme d'avenir du circuit court de distribution. Cette belle association qu'est I'AMAP participe à la lutte contre les pollutions et les risques d'une certaine agriculture industrielle, elle encou- rage une gestion responsable et partagée des biens communs. Producteurs et consommateurs conviennent en effet des méthodes agronomiques à employer, s'inspirant de la charte de l'agriculture paysanne, ils définissent ensemble la diversité et la quantité des denrées qui seront proposées: le contenu du panier dépend donc du degré de matu- ration des produits, fruits et légumes, fromages ou viandes et, c'est très important à une époque où l'on fait la chasse au gaspillage: tout ce qui est produit est consommé. Et c'est l'occasion aussi de découvrir de nouveaux produits ou de redécouvrir des denrées et des saveurs que Ia standardisation à outrance, appor- tée par des formes plus courantes de commercia- lisation et de production, avaient fait peu à peu oublier.

Une vraie solidarité

Au-delà du panier de produits alimentaires, et grâce à la confiance qui s'est établie, il règne entre les partenaires une véritable solidarité: si les conditions climatiques causent des dégâts impor- tants, des bénévoles se manifestent pour réparer une serre cassée par le vent ou la grêle, ou pour nettoyer des équipements pris par les boues après une inondation. À blen y réf1échir I'AMAP est sans doute bénéfique pour la société tout entière, qui peut constater le retour de particularités alimentaires locales et régionales, et qui découvre que l'on peut réduire les consommations, diminuer les gâchis et gaspil- lage. Les AMAP contribuent par ailleurs à l'emploi, par la création ou la transformation d'une main- d'ceuvre locale plus seulement saisonnière.>/p>

Bernard Millet

 

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