L'un préside, Macron, l'autre gouverne

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  • Au Congrès de Versailles, Emmanuel Macron a détaillé les prochaines étapes de son action à la tête de l'État.
    Au Congrès de Versailles, Emmanuel Macron a détaillé les prochaines étapes de son action à la tête de l'État. | AFP
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Michel URVOY

Dans le droit fil de sa campagne, Emmanuel Macron a solennellement promis ce lundi, à la tribune du Congrès, dans les fastes de Versailles, de répondre à « l'impatience » des Français par un « changement profond ». Il a pour cela brossé le portrait de sa France idéale.

Fallait-il ou ne fallait-il pas parler ? Avant ou après son Premier ministre ? On a tout dit de ce débat sur l’opportunité pour le Président de s’exprimer devant le Congrès, hier, puis tous les ans. 

Le pouvoir, au cas où certains en douteraient encore, est à l’Élysée. Emmanuel Macron a choisi de renforcer la présidentialisation de la Ve République. Il en utilise les instruments. C’est son choix, sa lecture assumée des institutions.

Une pratique à l’opposé de celle de François Hollande, trop souvent dans le commentaire de l’immédiat, dans la correction des trajectoires. Ici, on est dans la vision à long terme. Dans l’anticipation.

Plus que le décorum, même s’il n’est pas neutre de préférer une déclaration solennelle à une interview contradictoire du 14 juillet, et plutôt que de dire si on est face à un nouveau Bonaparte ou un nouveau de Gaulle, les Français veulent savoir ce que le Président veut faire de ce mandat.

Ceux qui soupçonnaient Emmanuel Macron de vouloir se livrer à un exercice d’image devront admettre que le Président s’est surtout consacré à dessiner le pays qu’il imagine. Et ce pays, fait pour les hommes et non l’inverse, ressemble assez à une France idéale et assez peu au projet que ses détracteurs lui attribuent.

On l’accuse de vouloir concentrer tous les pouvoirs, écraser le Parlement ? Le voici qui promet, sous un an, une modernisation des Assemblées, un accroissement de leurs moyens et l’instauration d’une dose de proportionnelle.

Il voudrait décider seul ? Le voici qui vante le droit de pétition des citoyens, promet une conférence des territoires, une administration plus déconcentrée, une réforme du Conseil économique social et environnemental, défend la parole de ceux qui sont au plus près des réalités.

Un partage des rôles

On l’accuse de ne penser qu’à la France confiante, qu’aux gagnants de la mondialisation ? Il ne cesse d’exiger de son gouvernement qu’il se préoccupe des plus fragiles, des plus démunis, des exclus des grands projets de mobilité.

On ne voudrait voir en lui que le défenseur de l’entreprise ? Il n’a jamais tant parlé de la transition écologique et de la diversité des territoires.

En réalité, rien de ce qu’il a - longuement - évoqué à la tribune du Congrès n’était absent de sa campagne. Mais il y a une différence : le candidat est devenu Président et chaque mot prend donc la consistance de la promesse qu’il faut tenir.

En dehors de la levée de l’état d’urgence à l’automne, ou de la réforme des institutions, on reste naturellement sur sa faim. Mais si Emmanuel Macron avait décliné les moyens de ses objectifs, que n’aurait-on entendu sur ce Président qui gouverne à la place de son Premier ministre !

Il reste beaucoup de marge, aujourd’hui, et beaucoup de travail à Édouard Philippe pour mettre en musique cette philosophie politique. Et surtout pour le faire dans un cadre budgétaire particulièrement contraint.

Car dans le partage des tâches entre le Président et le Premier ministre, il y a une particularité assez subtile : le premier nous parle d’un monde idéal, avec lequel on ne peut être que d’accord, et dont la construction requiert au moins deux… quinquennats !

Le second va nous parler d’un monde de contraintes, d’un compromis plus ou moins douloureux entre le souhaitable et le possible. L’un préside, l’autre gouverne…