La vieillesse est elle un naufrage ?

Un EHPAD : cinq lettres garantissant un certain confort pour les personnes âgées dépendantes accueillies dans cet établissement médicalisé.

 

 

Pourtant, dès l'entrée, un saisissement submerge le visiteur. Une batterie de regards vides alignés dans leurs fauteuils roulants, autour d'une cheminée sans feu ; un silence étrange vu la vingtaine de vieilles dames rassemblées là, et qui devraient papoter à plaisir. Est-ce encore vivre que de laisser le temps s'écouler ainsi, sans autre objectif que d'atteindre le prochain repas, sans autre parole que celles qui sont enfouies, incohérentes, dans les mémoires embrouillées ?

Vous cherchez le visage de la personne que vous êtes venu visiter. Elle a l'air toute surprise alors que vous lui avez rappelé 20 fois auparavant. Au moins est-elle heureuse de cette soudaine déchirure dans la longue solitude journalière répétitive. Mais la conversation devient très vite épuisante. Quand il n'y a plus de traces du passé, quand on est incapable de se projeter plus loin que le prochain repas, il ne reste plus que le présent à explorer. Les oiseaux dans les arbres, la pluie qui va revenir, et cette légère douceur de l'air qui pourrait bien nous permettre d'aller faire une balade dehors, ce que beaucoup de pensionnaires enfermés attendent avec impatience...

Le pire, c'est quand avec la déchirure de l'âge ressortent tous les défauts les plus graves jusque-là jugulés par l'éducation et le savoir-vivre. Rivalité, jalousie, agressivité, méchanceté les unes envers les autres... : les maisons de retraite fourmillent de ce venin d'inhumanité où l'incontinence touche également les attitudes mauvaises auparavant habilement contenues.

 

Et le pire du pire, c'est le troisième étage, l'étage des « cinglés », dont l'appellation polie de personnes désorientées ou le nom scientifique d'Alzheimer masque mal leur totale dépersonnalisation. Hébétés, à moitié déshabillés, ils errent dans les couloirs ou se terrent dans leur chambre, en donnant du Madame aux Messieurs, en ne reconnaissant plus personne, en n’ayant plus conscience du jour, de l'année, de leur dignité ni de leur identité.

 

Ressortir indemne de ces visites est impossible.

Le grand âge c'est donc cela aussi ! Pas seulement le beau vieillard adulé qu’était Nelson Mandela, ni les seniors en pleine forme de nos publicités pour happy-boomers. Mais une déchéance du corps, de l'esprit, du souffle. « La vieillesse est un naufrage » osait dire le général De Gaulle en regardant Pétain. Il visait l'errance morale du vieux maréchal. Mais le naufrage s'attaque aujourd'hui à toutes les capacités : physiques, intellectuelles, spirituelles. Nous vivons maintenant si vieux que statistiquement il y a de grandes chances que nos 10 dernières années, autour des 80-90 ans, se transforment en longue dérive dégradante.

Alors, quelle réponses à ce grave problème nous concernant ?

Constat: Grâce à Dieu, nous sommes encore dans un “relatif” bon état, tant sur le plan physique qu'intellectuel., ou spirituel, mais pour combien de temps encore ?

Trouver dans les environs de Limoges une petite maison avec un loyer abordable ? Déménager pour ce nouveau lieu de vie, sans savoir combien de temps encore nous garderons toutes nos facultés. Et puis repartir vers un établissement adapté à notre état le moment venu où nous perdrons en partie nos facultés.

Pour ma part, ma recherche s’orienterai vers un établissement “évolutif” spécifique pour Seniors.

Vivre dans un appartement indépendant en conservant toute notre autonomie dans une intimité sans restrictions, lequel établissement permet, en fonction de la gravité d’un état se dégradant. proposer des services facultatifs tels que: Aide mobilité, Accompagnement, Garde malade (assistance 24/24) Un établissement offrant des services tels que Livraison des courses (commandes via l’intermédiaire d’internet) Collecte et livraison de linge repassé (inclus dans forfait) Un espace restaurant offrant la possibilité de prendre ses repas (ou de se faire livrer) quand on en éprouve le besoin ou l’envie. Un environnement relationnel proposant, sans imposer, des activités (pouvoir faire de temps en temps une belote )

Pourquoi choisir de partir vers Limoges si ce n’est le fait que nous avons là-bas, 2 fils, 4 petites filles et une arrière petite fille ? De plus la proximité du Lot comme de la Dordogne faciliterai les  échanges avec Pierre tout comme avec Léone et Jean François.

Cette recherche que je privilégiais me semblait impossible à atteindre, compte tenu des prix pratiqués par les maisons de retraites (60€ par nuit et par personne, cela fait 1800€/mois x par 2 = 3600) Or ma recherche a abouti vers une résidence pour seniors, dont le loyer mensuel s’élèverait à 750 € et qui offre tous les services précités

 

- Une deuxième réponse se trouve du côté de l'innovation sociale. On peut imaginer des lieux de vie différent, des prises en charge à domicile alternatives, des associations mieux impliquées, des croisements intergénérationnels avec des écoles, des artistes etc. La lutte contre la solitude des personnes âgées est notamment un champ où les chrétiens ont un vrai savoir-faire (Petites Soeurs des Pauvres, conférences Saint-Vincent de Paul, service évangélique des malades etc...).

- Une troisième réponse sera proprement spirituelle. Un sursaut de la conscience collective pour ne pas se voiler la face devant cette question de plus en plus lourde, pour aller affirmer a priori la valeur et la dignité de toute personne humaine, justement - et plus encore - lorsqu'elle n’a plus  apparence humaine à cause du grand âge.

Le Christ a fait l'expérience de devenir un rebut de l'humanité, humilié, méprisé, regardé « comme un ver » et non comme un être humain. C'était pour que les défigurés de nos sociétés trouvent en lui un compagnon de route qui rappelle à tous la vraie beauté humaine que même la démence sénile et la déchéance des années ne peuvent extirper de l'existence de chacun.

 

 

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