L'église et la politique

Nouvel essor n° 266 ' Mars 2017

 

L'Église n'est liée à aucun système ou parti mais elle invite les chrétiens à être présents en politique, dans un esprit de liberté et de responsabilité compatible avec une diversité de choix éclairée par les valeurs auxquelles ils se réfèrent

 

Église et politique... Comment ces deux pôles de la vie sociale se conjuguent, se distinguent ou se nourrissent réciproque- ment? Une certaine vision spiritualiste de la vie chrétienne établit une rupture entre foi et poli- tique, interprétant la parole du Christ comme une exclusive - " Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ,. À l'opposé, une autre conception de la foi voudrait que l'Eglise cherche à imposer au monde'une traduction politique de l'Évangile... Lhistoire de la chrétienté au cours des siècles en donne une bonne illustration.

Points de discernement

Entre ces deux positions caricaturales, Paul VI en 1964 dans son encyclique " Ecclesiam suam » trace l'esprit de la mission de l'Église dans le monde: " l'-Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit, l'Église se fait parole, se fait message, l'Église se fait conversation !. C'est à ce titre, que les évêques de France viennent d'adresser leur message - << Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique >>. Ils s'ins- pireni de la pensée sociale de l'Église qui, sur,ce plan, donne un certain nombre de points de dis- cernement: la Politique n'est pas un pouvoir qui se substitue mais qui est au service de la société civile (les multiples associations qui font notre vivre ensemble); elle doit se soucier des droits de l'homme, de la dignité de la personne, du droit fondamental de la liberté de conscience, d'expression et de culte, elle prend en compte les minorités...

La politique, un service éminent

Mais l'Église comme institution n'entre pas dans le jeu politique" des partis: " LÉglise en raison de sa charge et de sa compétence ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique ' (...) " LÉglise respecte et promeut la liberté politique et la responsabilité des citoyens ". Cette autonomie étant clairement affirmée, l'Église invite ses membres à être présents et actifs dans la vie politique qu'elle considère cornme un éminent service des peuples et de leurs valeurs: " La poli- tique est une manière exigeante de vivre l'engage- ment chrétien au service des autres " (paul VI). En 1988, saint Jean-Paul II s'adressait à ceux des fidèles laics qui - c'est souvent dans la mentalité actuelle - dévalorisent la vie politique: . Les accu- sations d'arrivisme, d'idolâtrie du pouvoir et de corruption qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du parlement des partis politiques, comme aussi l'opinion assez répandue que la politique est nécessairement un Iieu de danger moral, tout cela ne justifie ni le scepticisme ni l'absentéisme des chrétiens pour la chose publique. " C'est en ce sens que les chrétiens ont à apporter leur témoignage et à faire leur libre choix.

Reconnaissance du pluralisme

L'Église n'exclut pas que des chrétiens comme tels entrent dans le pluralisme des partis: « il est légitime que des chrétiens d'une même tendance politique s'associent pour s'exprimer entre eux et èxprimer dans la société et dans l'Eglise les options qu-'ils font... Les chrétiens ayant choisi un type de regroupement auront à veiller à ne pas se laisser enfermer dans un blocage politico-religieux. Le pape François, dans son message du 1"' janvier dernier donne la finalité et les voies de notre vivre ensemble: << Choisir la solidarité comme style pour écrire l'histoire et construire l'amitié sociale.>> '

I Gabriel Rouillet

post tiré de “Nouvel essor no 266 Mars 2017”

Tentés par les extrêmes ?

 

Consultez coeur et raison !

Ils parlent « peuple » et pourtant leur discours nous laisse mal à l'aise. Quelques pistes pour réfléchir aux extrêmes'

”Une tendance à adopter une attitude ou une opinion extrême, radicale, jusqu'auboutisme ....” Ainsi certains définissent-ils l'extremisme politique « Extrêmes par rapport à qui ? » rétorquent les intéressés' “Par rapport à des partis du centre mou englués dans l'inaction? “. Une autre donnée nous perturbe: les extrêmes se disent porle-parole des petits, des humiliés, des déclassés. Une partie de ces derniers est alors tentée de leur donner son vote. Ainsi de certains éIecteurs du Front national dont la « revendication première est existentielle' : Exister. Être reconnus. Compter pour la société et que la société compte sur-eux (...)>> Pas si facile, on le voit, de qualifier l'extrémisme.

Certains de ceux qui choisissent un jour de voter pour les extrêmes disent éprouver en le faisant un sentiment de transgression, de rupture avec des valeurs qu'ils reconnaissaient jusque là. Au-delà des définitions il y a donc bien des signaux qui marquent l'entrée en zone de « jeu avec le feu >> Prenons en deux, à titre d'exemple . Le degré de complaisance de tel ou tel parti ou groupe avec l'éventuel recours à la violence - voire à la limita- tion des libertés - pour imposer ses idées' en est un. Le rejet de l'autre est, pour les chrétiens' le second. << Parmi les valeurs premières de l'Evangile il y a l'accueil de l'autre, le respect de l'évangile, la conception d'une société qui n'a pas peur (...) Ces idées ne sont pas vraiment conformes avec ce que prône le front national....>> disait ainsi en 2015 le secrétaire général conférence des Evêques de France.

Avant de rejoindre les extrêmes, chacun peut de se demander simplement “Le candidat que je m'apprête à élire se reconnaît-il dans les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, certes encore inabouties, mais qui constituent l'idéal et l'objectif commun ? “ Trois valeurs auxquelles les chrétiens ajouteront une quatrième : l'amour de l'autre.

Gwenaël Demont

Livre écrit avec la contribution de : Mgr Georges Pontier, Mgr Pierre-Marie Carré, MgrPascal Delannoy et Mgr André Vingt-Trois.

Retrouver le sens du politiqueUrne 3 d 1

 

« Si nous parlons aujourd’hui, c’est parce que nous aimons notre pays, et que nous sommes préoccupés par sa situation ».

 

Les évêques prennent la parole parce que les catholiques, citoyens à part entière au milieu de leurs contemporains, ne peuvent se désintéresser de ce qui touche à la vie en société, la dignité et l’avenir de l’homme. Ils s’adressent à tous les habitants de notre pays parce qu’il est fragilisé. Et que c’est ensemble que nous pourrons nous atteler à le refonder.

 

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France publie une lettre en 10 points adressée aux habitants de France. Tout en proposant un constat et une analyse cette lettre pointe et suggère des voies pour redonner sens à notre société.

 

À l’aube d’une année électorale ce texte suscite des questions sur des sujets de fond et notamment sur la politique dans notre pays. Il ne s’agit pas de prendre parti mais de prendre le parti d’une société qui ferait une pleine place à l’Homme.

Extraits

  1.  Retrouver le sens du politique

    … La crise de la politique est d’abord une crise de confiance envers ceux qui sont chargés de veiller au bien commun et à l’intérêt général…

  2. . Une société en tension

    …La contestation est devenue le mode de fonctionnement habituel, et la culture de l’affrontement semble prendre le pas sur celle du dialogue…

  3. . Ambivalences et paradoxes

    …Le contrat social, le contrat républicain permettant de vivre ensemble sur le sol du territoire national ne semble donc plus aller de soi. Pourquoi ? Parce que les promesses du contrat ne sont plus tenues. Il a besoin d’être renoué, retissé, réaffirmé. Il a besoin d’être redéfini…

  4. . Un contrat social à repenser

    …Les valeurs républicaines de « liberté, égalité, fraternité » souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup de nos contemporains sur le sol national….

  5. . Différence culturelle et intégration

    …Il convient donc pour l’avenir de notre société de redéfinir ce que c’est d’être citoyen français, et de promouvoir une manière d’être ensemble qui fasse sens…

  6. . L’éducation face à des identités fragiles et revendiquées

    …Plus que d’armure, c’est de charpente que nos contemporains ont besoin pour vivre dans le monde d’aujourd’hui…

    . La question du sens

    …Depuis une cinquantaine d’année, la question du sens a peu à peu déserté le débat politique…

  7. . Une crise de la parole

    …Entre le « ras-le bol » de ceux qui n’y croient plus et se désintéressent de la vie publique, et ceux qui, pleins de colère, veulent renverser la table et se tourner vers les extrêmes, la marge de manœuvre est de plus en plus étroite pour relégitimer la parole publique…

  8. . Pour une juste compréhension de la laïcité

    …La laïcité de l’État est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non-croyants, de vivre ensemble…

  9. 1. Un pays en attente, riche de tant de possibles

    …Les enjeux écologiques et environnementaux sont en train de transformer en profondeur nos conceptions de la vie en société, et nous tournent vers des attitudes de simplicité, de sobriété, de partage…

 

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